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Le chant du genou – Amihan

Amihan - vocalises.ca

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On me demandait l’autre jour ”t’as lâché ta chronique du genou, l’grand?” Ben non. J’ai pris une pause, histoire de reprendre mon souffle entre deux crètes de vagues chorales. En trois semaines, j’ai chanté 5 concerts différents entre la fin avril et le début mai. Et là, je m’apprête à en faire 4 autres, dont 2 plus petits, fiou.

Et le genou? Il tient la run. Mieux que je croyais, mais si tu m’avais posé la question en janvier, j’aurais été sûr que la remise sur pied aurait été chose du passé : le rétablissement est un processus lent qui demande un travail constant et une patience bienveillante. Comme l’apprentissage de nouveau matériel (mais ça fait plus mal!).

 C’est pas autant le genou lui-même qui me fait mal, mais une posture debout prolongée (comme quand on chante en concert) devient un sérieux enjeu pour moi au niveau tibial et de la cheville. Tout se crispe et ça fait mal en chien. Mais pendant ce temps, la toune que tu chantes, elle continue. Tu dois donc faire fi de la douleur et te concentrer sur le rendu. J’y arrive, mais je sais que je ne suis pas à mon meilleur.

 Dimanche dernier, c’était la prégénérale d’Expositions Sonores, une journée complète à être souvent debout, dans une vaste salle au plancher de béton (Fonderie Darling, quel bel endroit!) et même à me déplacer puisque la particularité de ce concert est qu’il s’apparente plus à une visite au musée qu’à un récital choral classique, si ce n’est qu’en lieu d’oeuvres d’art, c’est la musique qu’on contemple de différents points de vue dans l’espace.

Trois grands tableaux d’une vingtaine de minutes chacun. Dans chacun d’eux, entre 3 et 6 pièces. Et de pièce en pièce, déplacement des choristes parmi une audience partiellement assise, mais surtout debout, pour prendre place dans une nouvelle position qui permettra d’optimiser l’expérience musicale de l’oeuvre en question à travers ce vaste espace qui après avoir vu fondre tant de métal, verra fondre plusieurs coeurs.

Depuis quelques semaines, on pratiquait les pièces en groupes distincts, la Société chorale du Plateau comprenant le Choeur du Plateau ainsi que les ensembles Gaïa (SA only) et Phoebus (TB only). Hier, c’était la première fois qu’on se réunissait pour chanter de bout en bout cet hallucinant programme, dans ce nouvel endroit – et sa sono particulière – à apprivoiser.  

Et moults déplacements à digérer, car un pro de la mise en espace opératique s’est joint au power team pour penser à les positions idéales des groupuscules choraux.

Je vais pas tout vendre le programme ici, mais outre l’énorme Spem in alium dont je t’ai parlé récemment, figurent aussi au programme un vertigineux O Praise the Lord de Tomkins (12 voix!), un planant Pater Noster de Schiavo (2 choeurs qui se repassent la balle sur un Notre Père hypnotisant), un tout aussi hallucinant Immortal Bach (Nysted) où un simple extrait d’un choral de Bach étire, en écho, pendant 5 minutes quatres mesures chantées progressivement par 5 choeurs qui s’embarquent divinement l’un sur l’autre.

Palestrina (Sicut Cervus) et Vittoria (Regina Caeli Laetare) sont aussi de la partie, de même que des compositeurs contemporains tels que Madksissi-Warren, Sokolovic, Pärt et mon coup de choeur (hormis Spem in alium), le délicieux Amihan de Maniano, une oeuvre ma fois plutôt “Walt Disney pop”, mais construite pour faire lever le poil de tout être vivant avec un coeur. Et même ceux des sans-coeurs.

Hier, on sentait que la cinquantaine de choristes – et la cheffe – étaient à la fois fébriles et concentrés. Le matériel est costaud, mais le plaisir et la musique étaient au rendez-vous. Lorsqu’on a commencé à chanter Spem in alium, j’ai senti le bonheur qui tombait sur nous. Tous ces mois de travail personnel et en groupe apportaient leur dividendes. Bien entrainés, bien équipés, on pouvait enfin grimper le Mont Everest du chant choral.

La cheffe rayonnait et à en juger par la face des choristes répartis à travers la salle, tout le monde savourait ce moment d’une vie. Des larmes de bonheur me sont montés aux yeux et j’avais le smile étampé dans la face. Chanter Spem in allium en souriant!?! J’aurais pas cru ça possible voilà 3 mois alors que je tentais de comprendre et maitriser la partition de Tallis à 40 voix.

Fais-toi plaisir, viens voir cet happening unique qui te permettra de ressentir ce que l’on sent quand on chante au milieu d’un choeur.

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