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Le chant du genou – Even when he is silent

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C’est la deuxième fois que j’interprète Even When he is silent, cette magnifique pièce toute en recueillement et en fragilité, mais aussi en résilience. Comme passer une nuit blanche à se regarder la jambe qui ne semble qu’un prolongement de la cuisse jusqu’à la cheville en se disant covidemment que ça va bien aller. Mais en drôlement plus beau.

La première fois, c’était avec le Grand choeur de Montréal sous la direction de Martin Dagenais. Un choeur formé de choristes solides, et moi. Cette fois-ci, c’est dans le cadre de l’examen récital d’Olivier Gaudet qui aura lieu à l’égise Saint-Mathias, le 24 avril prochain à 19h45 (c’est gratuit!).

Je retiens de nombreux conseils éclairés de Martin qui a l’habitude d’en parsemer généreusement ses répétitions. Un d’eux dit quelque chose comme “Méfie-toi de ce qui semble facile”. Boudiou qu’il a raison. Car même si je suis du mieux que je peux le précieux adage, je me fais prendre chaque fois.

Even when he is silent d’André Kim Arnesen est de ces pièces. À l’oeil, ça semble facile. Les mêmes notes qui se répètent. Wrong! Non seulement, y a des variations, mais y a aussi des divisis et des frottements qui peuvent rapidement te faire perdre la foi en ta capacité à retrouver ta note en cours de route.

Et que dire du texte. Minimaliste, certes. Mais comme en musique, souvent less is more. Trois tableaux : le soleil, l’amour, Dieu.

I believe in the sun

even when it’s not shining.

I believe in love

even when I feel it not.

I believe in God even

when He is silent.

Ce crédo de la résilience nourrie par la foi est déjà puissant en lui-même. Mais ce qui m’avais scié les jambes (sic), c’est quand j’ai su que ce texte aurait été inscrit sur un mur par un juif anonyme pendant la Seconde Guerre mondiale. Certains parlent d’un appartement, d’autres d’une cave à Cologne où se terrait un juif, moi j’avais même entendu dire dans un camp de concentration. En janvier 2015, lors d’une cérémonie publique à Auschwitz, le roi (prince alors) Charles a lu le poème à voix haute.

Pris dans ce contexte, la puissance du texte est multipliée par mille. Et dans notre époque actuelle, où des peuples se font bombardés impunément par des régimes au fort fumet fasciste, il vient me chercher directement.

Le poème repose sur une structure de foi paradoxale — croire précisément là où la preuve fait défaut.

Le silence de Dieu devant la souffrance — le deus absconditus — est l’une des questions les plus brûlantes de la théologie après l’Holocauste. Affirmer « j’y crois pareil » n’est pas naïveté : c’est une foi lucide, maintenue dans l’obscurité totale.

Arnesen décrit le texte comme un Credo : « Quand tout est sombre et difficile dans la vie, on peut se demander où est Dieu, ou s’il existe. Il s’agit de garder la foi en Dieu, en l’amour et en l’espoir. Même si on vous enlève votre liberté, vos amis, les gens que vous aimez — on ne peut pas vous enlever Dieu. »

Commandée pour le festival St. Olaf en 2011, la pièce commence dans le silence et le recueillement, avant de culminer dramatiquement sur la phrase « I believe in love », puis de se conclure dans une acceptation sereine, une foi apaisée malgré tout.

J’ai trop hâte d’interpréter ça à nouveau, surtout depuis que je sais que je vais pouvoir reprendre ma ligne de baryton, plutôt que celle de basse où à peu près rien ne sort.  

Viens voir ça, tu es le bienvenu et y a plein d’autre beau matériel. En prime, Madeleine Landry, la petite amie d’Oliver, elle-aussi finissante à la maitrise en direction chorale, livrera elle-aussi un magnifique récital-examen (dans lequel je chante aussi).

Ce soir-là, nous serons tout sauf silent, sauf mon genou, j’espère :)

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