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Expositions sonores – un gros merci musical

Crédit photo : Luc Jason Murphy

Après un concert, il est courant de voir les gens s’approcher des choristes pour les féliciter.

Hier toutefois, quelque chose de différent s’est produit.

Hier, c’était la supplémentaire d’Expositions sonores, une plongée immersive dans la musique chorale pensée par Roseline Blain, cheffe des trois ensembles qui forment les Choeurs du Plateau. Un concept unique. Dans un endroit qui l’est tout autant : la Fonderie Darling, un solide vestige de l’ère industrielle du XIXe siècle qui a vu sa vocation tournée vers les arts visuels.

Hier, en guise de tableaux, des pièces chorales, méticuleusement sélectionnées pour bien habiter l’espace. Les couleurs? Les choristes. Le pinceau. Celui de Roseline.

La particularité de cette prestation est que plutôt que d’avoir l’audience d’un bord et la chorale de l’autre, on a fait tomber le 4e mur. De pièce musicale en pièce musicale, les choristes, comme un murmure d’oiseaux, se dispersent dans l’immense salle de béton à l’acoustique enveloppante. Tantôt en grandes formations, tantôt en petits groupuscules, les chorises se retrouvent parmi les gens assis, épars, au coeur de ce choeur en mouvance.

S’en suit une expérience humaine unique qui donne l’occasion aux spectateurs et spectatrices de vivre – de l’intérieur! – la musique chorale. Et aux choristes de ressentir et de vivre l’émotion ressentie par le public, de l’intérieur itou. Une véritable communion.

Tout au long du concert, j’ai pu voir à quelques pieds de moi, des gens sourire de plaisir. Ou pleurer, pour les mêmes raisons. Des gens se laisser amoureusement imbiber de musique, les yeux fermés pour mieux goûter. D’autres, au contraire, la bouche et les yeux tout grands ouverts, comme si leurs deux oreilles ne suffisaient plus à faire entrer toute cette beauté. Puis enfin, ceux qui te regardent direct dans les yeux. Qui t’écoutent, toi. Drôle de feeling pour un choriste. Une curieuse impression de chanter tout nu, et de pas trop haïr ça : /

Une connexion se crée. Un lien musical nous unit. Des petits sourires de connivence. Un pouce en l’air complice en guise d’appréciation à la fin d’une toune. Une petite tape amicale sur l’épaule pendant que tu circules. Des faces béates, comme celles qu’on arbore quand on se fait dorloter au spa. Un spa pour les oreilles! Manquait juste un p’tit massage d’orteils, et c’était le nirvana.

Mais ce qui m’a surtout frappé, c’est à la fin du concert, quand j’ai croisé des gens qui circulaient. Ils prenaient toutstes un moment pour s’approcher de moi pour me dire “merci”. Pas bravo, pas félicitation. Juste un petit merci, un peu gêné, mais qui exprimait tout le plaisir de ce grand moment de zénitude intérieure qu’ils venaient de vivre. Pas devant nous. Avec nous.

Les seules fois où j’ai vécu ça, c’est en chantant à des funérailles, à la sortie de l’église.

Hier soir aussi c’était une grande messe. Mais une célébration de la vie. De la musique et du chant, bien sûr. Mais aussi et surtout de notre humanité. De notre capacité à nous comprendre, à nous toucher, à nous émouvoir. Et de cette douce bienveillance magnifiquement tapie derrière ces airs sublimes.

On a fait du beau, mais on a fait du bien aussi.

On s’est fait du bien.

Le problème avec cette façon inédite de vivre et faire vivre le chant choral, c’est qu’elle pose une question incontournable. On fait quoi après avoir vécu ça? On retourne sur la scène avec une audience anonyme face à nous, loin, loin dans le noir? On grimpe sur l’autel face aux ouailles qui se prosternent? On se rejuche dans le jubé au-dessus du peuple à genou?

Pour une deuxième fois en trois mois, public et choeurs ont vécu en symbiose un moment musical d’une grande générosité.

Et on dit quoi quand quelqu’un fait preuve de générosité envers nous?

On dit merci.

Fa que merci Roseline.

Merci les choristes du Choeur du Plateau, de Gaïa, de Phoebus de m’avoir accueilli parmi vous.

Merci surtout aux merveilleuses personnes qui sont venues prendre un bain de bien-être avec nous.

Aura-t-on la chance de revivre ce moment précieux une troisième fois? C’est la grâce que je nous souhaite en ces périodes troubles qui manquent tristement de raisons de dire merci.

Qu’en pensez-vous? Moi, j’dirais pas non ;)

 

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