
Le chant du genou, c’est à la fois l’expression d’une plongée au fond de soi-même via la douleur et d’une salvatrice remontée via le chant choral.
Le 17 décembre dernier, 3 jours après mon concert des Fêtes avec les Sainte-Anne Singers et 4 jours après celui avec NEV renaissance, je subissais une arthroplastie complète du genou. Pour te raconter la chose, je t’offre ici le chant du genou, mon best of du matériel choral que je travaille depuis l’opération et qui s’étend jusqu’en juin.
Une ACG, ça veut dire qu’un chirurgien t’ouvre le genou, te tasse la rotule et tout le reste, te scie le haut du tibia et le bas du fémur, et t’y plantent des devices en titanium à la base poreuse dans lesquels, avec le temps, l’os ira s’intégrer.
Le mot-clé : temps.
Sachant que j’allais en avoir en masse, du temps, et parce que pour enrayer la douleur, la morphine, c’est pas mon bag, j’ai opté pour le remède qui a toujours fait ses preuves chez moi lorsque le mal, le trouble, la peine, le désespoir et le désarroi s’amènent : le chant choral.
Étant asperger, les émotions, c’est un terrain très vague. Intellectuellement, je comprends. Mais pour le ressenti, pas tant. Sauf avec la musique. Sauf surtout quand je la chante, avec l’autre.
Là, la connexion entre la personne qui a composé l’œuvre, la vision de la personne qui dirige le chœur, l’amalgame du ressenti des choristes, là l’émotion, je sais. En fait, pas je sais, je sens. Je ressens.
Me doutant bien que ma longue convalescence allait venir avec son lot de déprime, de douleur, de nuits blanches, de hauts et de bas, je me suis prescrit une dose chorale d’éléphant : 9 projets choraux s’étirant jusqu’à la mi juin, dont 3 concerts en avril, 3 en mai et 3 en juin. #dindentslegenou.
J’ai découvert que les nuits blanches sont très propices à l’apprentissage musical. Fait noir, fait froid, tout est tranquille, y a que toi, la partition et occasionnellement, une trame ou une référence musicale dans tes oreilles. Un peu buzzé par le manque de sommeil chronique, tu annotes méticuleusement.
Pendant ce temps-là, malgré le douloureux inconfort d’une patte qui ne sait plus comment se placer, ton brain focusse entièrement sur l’œuvre. Le genou tente tant bien que mal d’attirer son attention, peine perdue. Brahms, Arnesen, Byrd, Macdonald et Saindon font plus de bruit que lui. Et c’est pas mal plus beau aussi.
Éplucher une œuvre quand on souffre 24/7, quand on ne dort que 2-3 heures par nuit – des heures pas collées – et quand on grelotte malgré les grosses chaussettes, le pyjama épais, les combines en d’ssous, le hoodie de laine, les gants avec pas de bouts d’doigts pour pouvoir faire aller ta tablette et la tuque, tout ça te met dans un espace émotionnel où on est à fleur de peau.
Pendant cette croisade chorale, j’ai découvert des œuvres magnifiques où la douleur a servi d’amplificateur à leur grande beauté et leur unicité. Souvent, j’ai pleuré. Oui, oui, un asperger, ça pleure. Tu n’as qu’à lui scier une jambe et bam!, les glandes lacrymales exultent.
Le texte et la musique venant résonner avec ma condition, mon vécu, mes appréhensions et ma sensibilité humaine, des vagues d’émotions ont surgi. Parfois subtiles, de petites vaguelettes de lac calme. Mais parfois des tsunamis, aussi, qui se déversaient sans crier gare.
Alors que je poursuis à la fois ma convalescence et l’apprentissage du matériel, je me propose de vous livrer au fil du temps mes réflexions sur des pièces qui me touchent particulièrement et que j’aurai le grand bonheur de chanter avec de superbes choristes et des cheffes et chefs magnifiques dans pas long.
C’est comme qui dirait le chant du genou. En voici le premier couplet.