Après avoir chanté des arrangements choraux de pièces populaires pendant 2-3 ans avec mon premier chœur (Les Enchanteurs ), un moment donné, j’ai eu ma dose. Parallèlement, c’était ajouté un second chœur (Enharmonique) avec lequel j’ai pu découvrir des œuvres chorales des incontournables, genre Mozart, genre Fauré, genre Berlioz, genre Monteverdi. La piqûre, solide. Beubye le pop. Bienvenue musique de la renaissance, musique baroque, musique classique, puis éventuellement musique néo-classique et autres œuvres chorales contemporaines, composées par du monde en vie, et pas juste des perruqués avec un pénis.

Or curieusement, parmi les 100 pièces que je travaille depuis 3 jours après la chirurgie, c’est un arrangement choral d’une pièce populaire qui me rentre le plus dedans. Je peine à l’interpréter sans que les larmes me viennent, que la gorge se serre, que des spasmes vocaux me coupent la voix, que les 4 mentons se mettent à shaker en harmonie, que le nez me coule comme un érable à Giguère au printemps.

Une toune d’Ed Sheeran en plus. Pas que je n’aime pas le bonhomme, j’ai eu l’occasion de chanter son célèbre Perfect, et même de le danser(!) avec les Enchanteurs puisque cet ensemble y va pour la totale (chant, chorégraphie, mise en scène, costumes, décors, bands, micro-oreillette). Ce fût même la raison pour laquelle j’ai dû les laisser : déjà à l’époque, mon genou me faisait des fingers, coupant court à ma carrière miron de danseur. Mais je chante encore avec eux à l’occasion, pour des funérailles.

C’est d’ailleurs un douloureux deuil qui m’avait amené à me joindre à un choeur. J’avais toujours voulu faire du chant choral, mais boulots et enfants obligent, pas le temps. Quand ma mère est décédée suite à une longue disparition en elle-même – f **g démence vasculaire, l’aspi que je suis ne savait pas quoi faire de toute ce chagrin et de ce vide incommensurable. Le chant choral allait le combler. Et plus encore, car j’ai découvert en arrivant chez Les Enchanteurs qu’ils avaient en parallèle un répertoire qu’ils chantaient régulièrement à des funérailles, question de se faire des sous et de se faire connaitre, tout en faisant du bien dans la communauté. Je me suis aussitôt porté volontaire, question de gosser sur le mien, de deuil.

Premières funérailles, dans un salon funéraire, derrière le célébrant, face à la famille en deuil, dont deux fillettes éplorées. Fuck.

Au programme, « Si Dieu existe », la toune préférée de maman, celle que j’ai fait jouer à ses propres funérailles. Refuck.

Quand le piano de Sylvain (Cooke) laisse entendre ses premières notes, je sais déjà que ça ne sera pas facile. Et alors qu’on entame le refrain » Si Dieu exiiiiiiiste », je craque. Je pense à ma mère, je regarde ces petites filles qui pleurent la leur, j’entends la beauté du chœur autour de moi.

Une mother of all émotions m’envahit.

Voix brisée, yeux qui brûlent, nez qui morve. Ma voisine, Ginette, une sop2 qui n’en est pas à ses premières funérailles, me tend discrètement un kleenex salvateur. Pendant que je m’essuie, elle me caresse doucement le bras tout en continuant de chanter.

Je recraque.

Et Ed Sheeran là-dedans? Ben justement!

Avoue que tu penses que je divague à cause de l’hydromorphone, que je m’écarte du sujet, mais pas du tout, car la pièce que l’on va chanter le 3 mai prochain avec les Saint-Anne Singers à l’église Sainte-Jeanne-de-Chantal de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot à 15h (billets ici), c’est son Supermarket Flowers.

Déjà, le texte est à brailler. D’une émouvante simplicité, mais rempli d’images auxquelles on s’associe trop aisément, Sheeran a mis son texte dans la bouche de sa maman pour nous faire vivre de son point de vue, le vide laissé par la mort de sa propre mère, la grand-maman d’Ed. La scène se passe le lendemain du décès de la dame, alors que la maman et John, son conjoint, vident l’appart.

Mais quand ce sublime texte est porté par le non moins sublime arrangement d’André van der Merwe et qu’il est chanté par ses magnifiques choristes du Stellenbosch University Choir, impossible de demeurer impassible.

Chaque fois que je pratique cette pièce dans mon bureau, l’émotion surgit. Je revois ma mère s’en aller. Je revois mon père plier les vêtements de son amour de toujours pour les donner à d’autres. Je pense à ma douce qui a vidé, seule, l’appart de sa propre maman. Je me vois faire l’inventaire des trucs de mon papa, parti trop vite suite à un cancer fulgurant en pleine COVID, m’empêchant d’être à ses côtés à ses dernières heures.

Le génie du texte est que tout se passe exactement à ce bizarre de moment, juste après que l’être cher soit parti et qu’on ne réalise pas encore la chose et qu’on entre dans l’intimité de la personne pour faire disparaitre sa réalité, item après item. Un moment où la peine et la douleur sont omniprésentes (comme un genou opéré), mais où la sérénité vient s’isntaller.

Check les mots, tu vas comprendre ce dont je parle :

I took the supermarket flowers from the windowsill


I threw the day-old tea from the cup


Packed up the photo album Matthew had made


Memories of a life that’s been loved



Took the « Get Well Soon » cards and stuffed animals


Poured the old ginger beer down the sink


Dad always told me, « Don’t you cry when you’re down »


But, mom, there’s a tear every time that I blink



Oh, I’m in pieces. It’s tearing me up but I know


A heart that’s broke is a heart that’s been loved



So, I’ll sing Hallelujah


You were an angel in the shape of my mum


When I fell down you’d be there holding me up


Spread your wings as you go


And when God takes you back


He’ll say, « Hallelujah, you’re home »



Et ça continue dans le même gene. Beau, hein? Je défie toute personne qui a un vécu la perte d’un être cher de ne pas verser une petite larme.

En répétition, comme on est encore dans le technique, ça va. Je demeure concentré. Mais je sens que ça va être un méchant défi de ne pas craquer lors du concert; et je pense que je ne suis pas le seul choriste dans cette situation. Mais cette fois, je serai équipé. J’aurai une couple de kleenex dans ma poche.

Allez, fais-toi du bien, regarde la vidéo à nouveau, puis tu sais quoi? Fais-toi encore plus de bien, viens nous voir la chanter en personne, a cappella.

POUR LIRE ET ÉCOUTER LE CHANT DE GENOU DEPUIS LE DÉBUT DE LA CHRONIQUE, CLIQUE ICI. 

POUR LIRE LA PROCHAINE, CLIQUE ICI.