Alors que je bûchais de front sur 5 programmes de concert différents avec un genou enflé comme une mongolfière rouge vif, un courriel a poppé in quelque part en janvier ou au début février, je sais plus trop : “Ça te tentes-tu de chanter le Spem in alium?”
J’étais faite.
Au tibia. Au péroné. À la rotule.
À l’os.
Comment dire non à cette expérience unique qui réunit 40 choristes dans 8 choeurs distincts, chaque voix avec sa propre musique? Faut dire que dû justement à la structure de l’oeuvre, c’est pas tous les jours que tu peux avoir 8 sopranos, 8 altos, 8 tenors, 8 barytons et 8 basses sous la main. Et le fait que chaque ligne est indépendante des autres est un autre frein. On dit 5 choristes dans 8 choeurs, mais de fait, il s’agit bel et bien d’une oeuvre pour 40 solistes.
L’oeuvre de Tallis occupe depuis longtemps une place privilégiée dans ma pratique du chant choral. C’est un contact inopiné avec Spem qui m’a donné de plonger plus sérieusement dans le chant choral. C’est aussi cette rencontre qui a donné vie à ce blog et à ce podcast; le deuxième billet de vocalises.ca porte d’ailleurs sur Spem in alium.
Je sais que je suis tannant avec mes comparaisons entre l’apprentisssage choral et une convalescence arthroplastique, mais c’est vrai pareil. Récupérer d’une telle chirurgie demande une approche ti boute par ti boute. Une ténacité. Beaucoup d’efforts. De la douleur, certes, mais aussi de forts beaux moments.
C’est la même affaire pour Spem. Faut que tu décortiques. Faut que tu trouves tes repéres. Faut que tu y ailles étape par étape, sans les brûler. Et s’il est une toune où l’apprentissage passe inévitablement par le frottement avec les autres voix, c’est bien elle. Mais avant de se rendre là, faut bûcher dur. Combien de fois me suis-je dit : je n’y arriverai pas. Mais à force de travailler, mine de rien, t’apprivoises la bête.
Samedi dernier, en répétition, on la chantait pour la première fois toustes ensemble avec le Choeur du Plateau et les ensembles Gaïa et Phoebus, plus quelques mercenaires comme moi. W.O.W. Tout le travail en amont est fondamental pour pouvoir affronter ce débordement de notes qui viennent de toutes parts, tous côtés.
Mais le résultat est tripatif. Et c’est exactement ce qui vous attend le 30 mai prochain à la Fonderie Darling où ces 3 ensembles et la cheffe Roseline Blain vous convient à une expérience unique : vivre des pièces chorales de l’intérieur en ayant la possibilité de circuler entre les choristes. J’ai pu avoir un sneak preview sur le programme et je dois vous dire qu’Expositions sonores est probablement l’happening choral le plus important des 10-20-30 dernières années.
Manquez pas ça. Mais si vous vous placez devant moi, prenez-le pas personnel si je ne vous salue pas. Pendant les 10 minutes du Spem, j’vais en avoir plein les bras, les mains, les épaules, et le genou ;)
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