Quand j’ai compris que j’allais être sur le carreau pendant plusieurs mois à la suite d’une arthroplastie complète du genou droit, je me suis dit qu’il était impératif que je m’occupe l’esprit pour (tenter de) penser à autre chose qu’à ça. J’ai donc plongé tête première dans plusieurs projets choraux. Et parmi tout ce magnifique répertoire, une pièce s’est avérée particulièrement efficace en matière d’occupation de l’esprit : le Cum sancto spiritu tiré de la Missa dei Filli de Zelenka.

J’avais eu l’occasion de me frotter à un mouvement de son superbe requiem lors d’une concert avec Enharmonique où on chantait une douzaine d’extraits de requiems divers (j’ai une passion toute aspergienne pour les requiems). J’avais été ravi de découvrir ce compositeur dont j’ignorais l’existence.

Et là, 7 ans plus tard, je me refrotte à Zelenka, mais dans un morceau pas mal plus endiablé (sic). Le mouvement débute lentement. Hypocritement. À tour de rôle, les voix entament un cum sancto spiritu bien marqué, puis rapidement, ça déboule. Les notes t’arrivent dans face une après l’autre, au point où alors qu’au début tu craignais les croches, tu t’y accroches salutairement quand débarque le Festival du déluge de la double croche de Louňovice pod Blaníkem, lieu de naissance du compositeur, en banlieue de Prague.

Un 7 minutes de plus en plus effrené qui devient ton moment présent au dixième de seconde. À ce rythme-là, plus rien ne compte. Ni ta fin de mois. Ni ton p’tit dernier qui a des troubles à l’école. Ni ton genou. Quand la toune part, tu salues tes collègues choristes, t’attache ta tuque avec de la broche, tu prends ton souffle, et hop la cavalcade, fugues après fugues!

Au final, une magnifique pièce, demandante, mais elle redonne beaucoup en retour. Méditation extrême, seul le moment présent compte. Et il compte vite, believe me :)

Viens entendre ça, ça l’a lieu le 9 mai à 15h (un samedi) à la Chapelle du Fort de la Montagne avec le NEV Renaissance. On sera accompagné pour la circonstance d’un orchestre d’instruments d’époque. C’est à voir et à entendre.

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