Comme le cerf crie après l’eau fraîche. La traduction de Wie der Hirsch schreit nach frischem Wasser, un texte tiré du Psaume 42:1, la version de la Bible de Luther, dont la métaphore du désir spirituel intense (l’âme qui aspire à Dieu comme un animal assoifé cherche désespérement de l’eau) a inspiré de nombreux compositeurs, dont Mendelssohn et Distler.
Ce texte me parle, particulièrement par l’utilisation du verbe schreien (crier), qui indique une détresse vocale, presqu’animale. Et après des mois de travail pour maitriser le programme de 5 des 8 choeurs avec lesquels je chante, c’est ce soir que débute la série de concerts.
Et évidemment, qui dit concerts, dit répétitions rapprochées, dit beaucoup de chant, dit cordes vocales fragilisées. Je me suis donc équipé en vue de ce marathon choral. Avec une bonne hygiène de voix, une bonne technique, beaucoup d’eau, et du sommeil (si je peux enfin dormir comme du monde), je devrais passer à travers, n’en déplaise à mon nouveau genou en titanium et en cobalt.
Ce soir, deux concerts back à back. Et dans chacun, une version du Wie der Hirsch schreit nach frischem Wasser.
La première qu’on chantera pour Madeleine Landry, celle de Hugo Distler, est tirée des Geistliche Chormusik op. 12, un recueil de motets a cappella pour chœur mixte. S’inscrivant dans le mouvement de la Singbewegung (le mouvement du chant, une vision collective et communautaire du chant, en opposition à la musique bourgeoise), l’écriture est modale, rythmiquement libre, avec des lignes vocales indépendantes qui imitent l’inégalité du souffle, du cri. C’est une pièce austère, presque archaïque, loin du romantisme — ce qui en fait quelque chose de particulièrement poignant vu le contexte : Distler vivait sous le nazisme et se suicidera en 1942.
La seconde, une oeuvre de grande envergure de Mendelssohn comprenant plusieurs mouvements, y mêle l’héritage de Bach et du langage romantique allemand (harmonies riches, lyrisme orchestral). Dans le mouvement que l’on va chanter pour Olivier Gaudet, le choeur évoque des moments de supplication collective d’une grande beauté, tout en intimité. C’est l’une des œuvres sacrées les plus abouties de Mendelssohn, souvent comparée à ses oratorios Elias et Paulus.
Donc, tel le cerf, je vais m’abreuver ce soir à cette belle musique. Car tout comme l’eau, pour moi la musique, et le chant choral, ce n’est pas qu’une douce envie, c’est un besoin vital, physique, incontrôlable. Dans le texte, l’âme ne « souhaite » pas Dieu — elle en a besoin pour survivre. La mienne, et mon genou, ont besoin de chanter. Cette belle musique m’a aidé à passer à travers de longs mois de rétablissement, et à partir de ce soir débute ma traversée du lac St-Jean, en chantant!
Ça l’a lieu à l’église St-Matthias, 10 av, Church Hill, Westmount.
18h30 Madeleine Landry
19h45 Olivier Gaudet
POUR LIRE ET ÉCOUTER LE CHANT DE GENOU DEPUIS LE DÉBUT DE LA CHRONIQUE, CLIQUE ICI.
POUR LIRE LA PROCHAINE, CLIQUE ICI.
Laisser un commentaire